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Parure-culture

Animaux sociaux, les humain·es sont aimanté·es par les dernières tendances à la mode sur les réseaux ou en boutique. Êtres de culture, iels rêvent de se fondre sans un bruit dans le monde sauvage. Bienvenue dans la parure-culture !

Aux Rotatives, siège du journal La Marseillaise

La mode au bord du vide

Benjamin Simmenauer philosophe
Francesco Masci philosophe

Conférences croisées de deux philosophes, Benjamin Simmenauer et Francesco Masci, suivies d'une discussion.


Benjamin Simmenauer : « Comment la mode parvient-elle à nous enlaidir ? »

Les contempteurs de la mode lui reprochent parfois de nous contraindre à adopter des codes vestimentaires peu flatteurs, voire complètement ridicules. Les défilés font ainsi l'objet de détournements parodiques ou de « mèmes » sur les réseaux sociaux. Et, rétrospectivement, on juge avec sévérité les errances stylistiques de nos ancêtres, qu'ils aient adopté les tenues moulantes et bariolées de la Tektonik, les chevelures choucroute des années 1980, ou les épaules pagodes chères à Pierre Cardin. La mode semble capable de nous forcer à avoir mauvais goût.   

Les explications de ce phénomène varient beaucoup. Le plus simple consiste à postuler, comme Roland Barthes, une sorte d'ordre mystérieux, la « Mode », qui impose aux individus des choix qui ne sont pas vraiment les leurs. Barthes voit dans la Mode un « système » qui associe arbitrairement une signification aux vêtements et impose à la société ses catégories et ses distinctions. Je ne crois pas dans l'existence d'un tel pouvoir et essaierai de montrer que les modes les plus absurdes et les moins flatteuses pour être l'effet d'interactions individuelles complexes, n'en sont pas moins rationnellement explicables. J'insisterai en particulier sur les notions de signal coûteux, de préférences conditionnelles et de saillance. 


Francesco Masci : « Mode et séduction ou l’oxymore parfait »

La mode est aveugle au désir. La mécanique de la séduction, cette relation dialectique de dépassement mutuel dans l’épuisement du plaisir sexuel, lui est totalement inconnue. À moins de confondre naïvement mode et art du vêtement, il est impossible de lui prêter les fantasmes déclenchés par les (dé)voilements et les fétichismes qui alimentent le désir érotique. Sa matière est le temps, et son moteur une négation pure qui ne prévoit aucune résolution positive. Tout ce qui excède le moment récursif de l’effacement temporel de ce qui était déjà destiné à disparaître n’est déjà plus de la mode. Cela appartient à la publicité. La mode déréalise les corps qui deviennent des corps-machines, incapables de susciter le moindre désir, sinon le désir pervers, car mimétique, provoqué par un artefact. Ce sont des corps à tout jamais détachés des autres, incapables d’éveiller une quelconque visée érotique, et ce, non pas à cause d’une perfection qui les rendrait inatteignables, mais à cause de leur trop grande disponibilité. Ils appartiennent potentiellement à tout le monde et à personne. La mode est l’anti-utopie d’un monde sans espoir ni déception, un monde étymologiquement cool, froid, débarrassé des passions de la séduction que seule la différence peut exciter. Il n’y a rien à prendre, il n’y a rien à dépasser. L’autre n’est plus que l’image spéculaire du soi et aucun plaisir, sinon onaniste et narcissique, ne peut éclore. 

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Muséum d’Histoire Naturelle

Into the Wild, vraiment ?

Événement

Marion Laval-Jeantet artiste-chercheuse
Salomé Ambert géographe
Jeremie Brugidou artiste-chercheur
Julie Beauté (discutante) philosophe et coordinatrice scientifique Pop Philo
Jeanne Etelain (discutante) philosophe

Un plateau foisonnant et hybride animé par les philosophes Jeanne Etelain et Julie Beauté.


Marion Laval-Jeantet : « De l’initiation chamanique à l’hybridation interspécifique »

La nature des expériences performatives artistiques et anthropologiques est telle qu’il n’est pas seulement question de fantasmer l’hybridation avec l’autre animal ou l’esprit, mais bien de l’incarner. L’action prend alors son sens dans l’exemplarité du réel, ce que la théologie qualifiait historiquement « d’efficace », une mise en évidence telle que chacun se retrouve devant des interrogations ontologiques : qui sommes-nous pour ? avons-nous le droit de ? Où se situe-t-on devant ces expériences d’un imaginaire mythologique transposé dans la réalité ? 

Et si ces actions étaient justement l’enracinement de l’imaginaire ? Un enracinement corporel sur lequel nous avons progressivement fait l’impasse forts de notre nouvelle rationalité philosophique et scientifique ? Et si nous consentions à comprendre comment le corps « sauvage » livré à ses limites révèle une incarnation du sens (embodiment of the meaning) propre à déplacer, pour ne pas dire élargir, les frontières de notre conscience ?   


Salomé Ambert : « L’appel du sauvage. Fantasmer le réensauvagement »

Il était une fois des paysages européens peuplés de bisons, de loups, de castors ou même d'éléphants. Et s'il était temps aujourd'hui d'envisager leur retour ? 

Depuis les années 1990, le rewilding — ou réensauvagement — invite à favoriser le « retour » d’espèces ou de processus considérés comme « naturels », qu’ils reviennent spontanément ou qu’on les y aide un peu. Le retour des loups, les images de reconquête par les friches, la réintroduction des bouquetins ou des vautours : ces récits ont quelque chose de fascinant. 

En effet, derrière le réensauvagement se cache tout un imaginaire : celui d’une nature sauvage qui serait là, quelque part, prête à reprendre ses droits dès qu’on lui laisse un peu de place. Une nature foisonnante, puissante, dans son expression la plus entière puisque débarrassée — au moins en partie — de l’emprise humaine. Rêver le retour du sauvage, c'est prendre part à un fantasme collectif. 

Mais que nous raconte ce fantasme sur notre propre manière d’imaginer la nature ? Pour le découvrir, nous suivrons la trace de plusieurs romans d’anticipation qui mettent en scène le réensauvagement à travers le retour des loups, des ours et des lynx en Écosse. Que nous disent-ils des futurs rêvés par le réensauvagement ? Au fond, quand nous fantasmons un monde plus sauvage, que disons-nous de notre relation au monde ?


Jeremie Brugidou : « Phylogénie des imaginaires »

Dans un futur lointain ou une dimension parallèle, l’humanité subsiste tant bien que mal dans le solipsisme qu’elle a engendré : il n’existe plus aucune forme d’altérité animale ; sauf quelques fantasmes, fantômes ou hologrammes, des présences énigmatiques presque légendaires, et qui un jour, brisent le statut quo des Stations orbitales où l’espèce humaine s’est réfugiée. L’animalité fait irruption, parfois violemment, mais surtout, avec toute sa puissance d’apparition qui devient visible sur le fond de néant qui l’environne. D’où viennent-elles ces formes non-humaines, que nous racontent-elles, quelle est leur source ? Restées sur Terre, d’autres âmes humaines poursuivent une quête semée d’obstacles : relocaliser les lieux de résurgence du vivant. Les deux enquêtes se rejoignent au point le plus indistinct : l’interprétation des rêves.  

À partir de ces pistes fictionnelles, nous pourrons explorer les liens que l’évolution du vivant entretien avec l’imagination de la vie, autrement dit, la phylogénie des imaginaires. Ce postulat de la contamination généralisée des intériorités permet d’envisager des champs disciplinaires nouveaux, comme la biomythologie, ou l’éthologie des créatures créatrices. 

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