Pop Philo Retour au programme

Identités en jeu, fantasmes en scène

Identités majoritaires, minoritaires, contestaires, réactionnaires, précaires, solidaires, identitaires... Qui fait fantasmer qui, au juste ? On en discute tout l'après-midi à l'Alcazar.

Aux Rotatives, journal La Marseillaise

Adopte un livre, le rendez vous des lectrices et lecteurs marseillais

Comment séduire une maison d’édition

Atelier

Georgia Froman éditrice

Rencontre avec l'éditrice Georgia Froman des Editions Wildproject.

Beaucoup de fantasmes tournent autour de l’image de l’auteur, souvent solitaire, masculin et plein de génie inimitable. Cependant, faire exister un livre est un travail d’équipe, et au cœur de ce travail se trouve la relation plus ou moins intime entre chaque auteur·rice et les éditeur·rices qui l’accompagnent. Mais le monde de l’édition est aussi un monde de séduction : à chaque auteur·rice de trouver la maison d’édition qui lui correspond et de convaincre ses éditeur·rices de le suivre, à chaque équipe éditoriale de sélectionner les manuscrits qu’elle veut mener jusqu’aux presses. Mais alors, que veulent les éditeur·rices ? Qu’est-ce qu’iels cherchent en ouvrant un manuscrit ? Comment choisit-on celui qu’on va publier ? Bienvenue dans les coulisses de l’édition !

Les éditions Wildproject, spécialisées en écologie, publient une quinzaine de titres par an en sciences humaines, écologie politique et littérature au sein de six collections.

Ouverture prochaine des réservations pour cet atelier

Réserver ma place

Bibliothèque de l’Alcazar

Le retour fantasmatique de la masculinité

Conversation

Mélanie Gourarier anthropologue
Guillaume Vallet économiste et sociologue
Benjamin Tainturier (discutant) sociologue

Le sociologue Benjamin Tainturier, éditeur associé à AOC, s'entretient avec deux spécialistes des masculinités : Mélanie Gourarier, anthropologue et autrice du récent essai En finir avec l'homme moderne (2026, Éditions La Déferlante), et Guillaume Vallet, économiste et sociologue, auteur de La Fabrique du muscle (2022, Éditions de L'échappée).

Mélanie Gourarier : « La masculinité comme valeur refuge. Capitaliser sur l'argument de la fragilité »

Les discours contemporains sur la « crise de la masculinité » sont généralement interprétés comme la conséquence des transformations des rapports de genre ou de l’affaiblissement des privilèges masculins. Je propose d'inverser cette perspective. Plutôt que de considérer la crise comme le contexte historique dans lequel se redéfinirait la masculinité, je fais l’hypothèse qu’elle constitue l’une des conditions mêmes de sa reproduction. La masculinité apparaît ainsi comme une valeur refuge : une catégorie dont la force politique tient à sa capacité à se présenter comme perpétuellement menacée afin de justifier sa restauration. 

D’une part, l’apprentissage de la séduction masculine produit un espace de reconnaissance où la conquête des femmes fonctionne comme une médiation de la valorisation entre hommes. D’autre part, les discours contemporains sur le renouveau des masculinités, même critiques ou émancipateurs, continuent de reconduire la masculinité comme horizon privilégié et à privilégier. 

La notion de « valeur refuge » invite ainsi à ne plus interroger la réalité d’une crise, impliquant pour les hommes une perte de pouvoir, mais les usages politiques de sa mise en scène récurrente, qui participent de la reproduction de ce pouvoir. La masculinité apparaît alors moins comme une identité en difficulté que comme une technologie de stabilisation des rapports sociaux de sexe, capable de transformer le sentiment de vulnérabilité en ressource politique pour reconduire la domination.


Guillaume Vallet : « Les masculinités à l'épreuve du « hard corps » du capitalisme des vulnérabilités »

Dans le « capitalisme des vulnérabilités », système économique dans lequel nous vivons depuis les années 1980, le corps est devenu la ressource individuelle ultime : de nombreux individus cherchent à transformer cette ressource en capital, à travers un processus de valorisation sociale survenant dans plusieurs cadres (marché du travail, marché des rencontres amoureuses, interactions sociales). C’est dans ce contexte que l’on assiste à une sportivisation de l’existence, à la mise en scène du corps dans une logique de séduction, mais aussi à la fabrication d’un corps « prêt au combat ». Ce statut élevé donné au corps montre à quel point celui-ci construit de puissants imaginaires qui permettent de penser la fabrication du corps rêvé.

Ainsi, loin de s’affaiblir à l’heure d’une économie de services digitalisée dominante, le corps demeure au contraire au cœur des échanges économiques et sociaux, et donc de la construction identitaire des individus. En particulier, le corps-capital reste associé au renforcement de la masculinité hégémonique et de la domination masculine : le capitalisme des vulnérabilités crée de nouveaux espaces de valorisation du corps pour les hommes. 

Ce processus n’est toutefois pas sans risque, notamment quand le corps devient central dans la définition identitaire : le « tout » corps devient alors le « trop » corps, mettant paradoxalement en cause son essence et son existence même, tout en fragilisant le « corps social ».

Réserver ma place

L'écologie, un truc de blanc ?

Conversation

Baptiste Lanaspèze philosophe et éditeur
Mathieu Garling (discutant) directeur de la programmation Pop Philo

À observer la sociologie d’EELV ou du mouvement climat, la chose semble évidente : l’écologie serait un luxe de la classe moyenne blanche ; le bio, un truc de bobos ; l’éco-anxiété, le problème de ceux qui n’en ont pas. Face à elle, une écologie décoloniale se met en place, sur d’autres bases, depuis les Suds et les groupes sociaux non blancs. 

Ce récit manichéen, de part et d’autre de la ligne raciale, a cependant un angle mort : les liens organiques entre le mouvement écologiste et le mouvement décolonial. Le mouvement écologiste est né dans les années 1960 et 1970 au sein de la contre-culture, baignant elle-même dans les mouvements pacifistes, anticolonialistes et panafricanistes dont on ne peut la séparer. Par ailleurs, une écologie philosophiquement cohérente, qui entend dépasser le dualisme hiérarchique homme/nature, ne peut ignorer qu’il s’agit là de la clef de voûte de l’édifice colonial, qui conditionne d’autres dualismes hiérarchiques comme blanc/indigène, civilisé/sauvage. 

Dans Guérir de l’Occident, un essai tissé d’éléments autobiographiques, je reviens sur la façon dont les pensées de l’écologie ont été pour moi –  depuis la création en 2008 des éditions Wildproject – le fil rouge d’un retrait du monde blanc, d’une émancipation progressive vis-à-vis de ses fantasmes universalistes, de ses intimidations et de ses séductions.

Baptiste Lanaspèze

Réserver ma place

Lolita : pour une philosophie politique de l’adolescence

Conférence

Elsa Dorlin philosophe
Julie Beauté (discutante) philosophe et coordinatrice scientifique Pop Philo

Les adolescentes sont le personnage tragique absent de nos théories et de nos luttes féministes et demeurent la figure fantasmée et oubliée des réflexions critiques sur la dimension prédatrice et mortifère du capitalisme contemporain. Victime sacrificielle et mutique, corps violentable, être insolent et revêche, voies de l'avant garde ou cible d'un consumérisme toxique, les adolescentes constituent le Sujet politique anonyme du féminisme dont nous avons besoin. Nous proposerons de poser quelques jalons d’une nouvelle théorie de la jeune fille à l’ère du néolibéralisme autoritaire en tentant de déconstruire la surproduction de fantasmes hétérosexistes, racistes et agistes qui pèsent sur les subjectivités et les corps adolescents. Depuis la construction sociale et économique de l’adolescence, des conditions matérielles d’existence de celles que l’on dit plus tout à fait « enfant » et pas tout à fait « femme », nous dessinerons des lignes de coalition pour une politique radicale. 

Elsa Dorlin

Réserver ma place

Le cas Drag Race France, un triomphe en trompe l'œil ?

Conférence

Apolline Bazin journaliste
Ruby on the Nail dragqueen

Pratique artistique queer, autrefois criminalisée, le drag est un art multifacettes flamboyant et féroce. Le succès de l'émission Drag Race en France en a fait un phénomène culturel populaire. Mais que célèbre-t-on réellement aujourd’hui ? Drag Race repose sur un mélange de performances artistiques, de compétition et de témoignages, souvent liés aux LGBTphobies. Comme rarement, de nombreux téléspectateurs·ices louent le caractère « pédagogique » et même « d’intérêt général » d’une télé-réalité. Or, dans un contexte d’offensive réactionnaire où la condition des personnes LGBTQ se dégrade sans cesse, un fossé abyssal se creuse entre l’image glamour du petit écran, où brillent quelques happy few, et le drag célébré par la majorité des artistes et publics queers. Que raconte cet écart ? Hétéros, LGBT, queers : à chacun son drag et les freaks seront bien gardés ?

Apolline Bazin

Réserver ma place