Le secret, c’est sexy ! La prestidigitation ou le guetteur séduit
Conférence
| Alain Poussard | philosophe |
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Face aux gestes du prestidigitateur, l’horizon barré de toute mise à nu du secret ouvre l’espace d’une érotique de l’affût, qui convertit le spectateur-témoin en un guetteur acharné, épiant chaque signe susceptible de nourrir sa suspicion. Ce jeu de séduction sans séducteur est un jeu inséré dans un autre jeu - jeu redoublé donc, ou jeu au carré, aux antipodes des séductions suspectes et dévoyées, de pouvoir, de consommation ou de jouissance, d’abus ou de prévarication.
On s’efforcera de caractériser le dispositif retors mais loyal d’un tel jeu, où abandon et résistance sont contraints de marcher ensemble, et où la plus forte distanciation n’est pas exclusive d’un total engagement. On insistera surtout sur la texture temporelle de cette expérience : non pas quel temps la reçoit, mais quel régime temporel original elle instaure, selon deux axes antagonistes et superposés, qui ont chacun leur direction, leur délai et leur scansion.
« Pas encore, mais bientôt ». Telle est la formule que la fidèle Morgiane chuchote à l’oreille des 40 voleurs, avant de les ébouillanter un à un. En prestidigitation, l’impatience haletante du « pas encore » se vit à chaque seconde sous la hantise d’un « trop tard », qui en réalité l’a toujours déjà devancée. Ce « trop tard » qu’on joue à conjurer, mais qui est aussi l’objet secret du désir.
Alain Poussard