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Après #MeToo, l'érotisme ?

Centre de la Vieille Charité

Démarrage en trombe de la Semaine, avec quatre rendez-vous pour tenter de rouvrir la discussion sur la séduction et l'érotisme dans un monde transfiguré par #MeToo.

Que signifie consentir ?

Conférence

Clara Serra philosophe

Le désir, le sexe et l’amour semblent aujourd’hui indissociables d’une question : celle du consentement. En l’espace de quelques décennies, le consentement est devenu le principe à partir duquel nous concevons les relations érotiques et la frontière entre ce qui est permis et ce qui est interdit. Mais que signifie exactement « consentir » ? Le consentement peut-il tout dire sur le désir, la rencontre avec les autres ou la liberté ? 

À partir d’une histoire philosophique du consentement et des débats féministes autour de ce concept, j’explorerai l’émergence de cette notion et la place inédite qu’elle en est venue à occuper dans nos sociétés. Pourquoi le consentement est-il devenu le langage moral de notre époque ? Que révèle-t-il de ma manière de comprendre l’autonomie, la responsabilité et les relations humaines ? Une invitation à réfléchir à une idée qui semble évidente, mais qui met en lumière tout en laissant dans l’ombre la complexité du désir. 

Clara Serra

Conférence inaugurale en espagnol, sur-titrée en français

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Sexualités : mode d'emploi

Conversation

Armelle Andro socio-démographe
Sylvain Bourmeau journaliste

La sexualité est depuis longtemps une question publique : la contraception, l'avortement, le VIH l'ont tour à tour installée à l'agenda. #MeToo la remet en discussion depuis un point de vue qui bouscule les scripts antérieurs et place le consentement au cœur de ce que devrait être une bonne sexualité. Mais qu'en est-il des pratiques ? La question vaut aussi pour les fantasmes, réputés échapper aux normes alors qu'ils s'en nourrissent. On peut désirer des scènes que l'on ne souhaite pas vivre. Les nouvelles exigences posées aux relations sexuelles reformatent-elles pour autant les imaginaires anciens ? 

Des enquêtes de grande ampleur ont été menées récemment en France, et elles permettent de commencer à prendre la mesure de ces transformations. Les générations récentes disposent d'un vocabulaire que leurs aînées n'avaient pas, et ce vocabulaire déplace ce qui peut être dit, donc ce qui peut être reconnu comme violence ou comme plaisir.

Le numérique s'est installé au centre des rencontres et de la formation du désir, l'hétérosexualité perd son évidence pour une part des jeunes générations, les violences sexistes et sexuelles occupent durablement la discussion publique. Nos fantasmes ont traversé tout cela. Que sont-ils devenus, et qu'en faire ? 

Le débat partira de ces résultats, en prenant au sérieux à la fois la manière dont les jeunes générations redéfinissent les contours des sexualités et la manière dont ces changements peuvent déconcerter les générations plus âgées. 

Armelle Andro et Sylvain Bourmeau,
auteurices du numéro d'été d'AOC, « Sexualités : mode d'emploi»

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Fantasme, filtre et fétichisme : à l’épreuve des applications de rencontres

Conférence

Richard Mèmeteau philosophe
Ysé Sorel (discutante) autrice et cinéaste

Nous n’avons jamais disposé d’autant de moyens pour réaliser nos fantasmes et pourtant nous n’avons jamais aussi bien compris à quel point notre désir nous échappait. Il y a vingt ans, rencontrer un beau rugbyman, mélomane, qui aime les films d’horreur et les filles à chats, à moins de trois kilomètres de chez soi et disponible dans les 24 h posait un problème. Aujourd’hui, il suffit d’appliquer les bons filtres. 

Le problème des applications de rencontre n’est donc peut-être pas qu’elles rendent la sexualité trop facile, mais qu’elles nous donnent l’espoir de préciser le désir au point il n’y aurait plus d’écart entre le désir et la réalité. Mais le désir a-t-il jamais été réel ? Pouvons-nous vraiment quitter le monde du fantasme ? 

Le fantasme produit un idéal ; le filtre cherche dans le réel ce qui lui correspond ; la fétichisation commence lorsque nous exigeons d’une personne qu’elle incarne cet idéal.  

Il existe une autre méthode pour raisonner sur le sexe. Ne pas partir de nos seules fantaisies, mais partir des pratiques qui rendent ces fantaisies possibles. Paradoxalement alors, les fétichistes pourraient nous apprendre à moins fétichiser les personnes : plutôt que chercher quelqu’un qui soit notre fantasme, chercher avec quelqu’un une pratique qui puisse devenir un fantasme partagé. 

Richard Mèmeteau 

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De l’érotisation du pouvoir (et des possibilités de l'esquiver)

Conversation

Dork Zabunyan théoricien du cinéma
Ysé Sorel autrice et cinéaste

Dans les années 1970, Michel Foucault s’interrogeait sur l’étrange attrait que le pouvoir pouvait susciter : non pas celui que l’on veut conquérir et conserver à tout prix, mais le pouvoir qu’on désire y compris quand on le subit et qu’on n’a aucun intérêt en commun avec ceux qui l’exercent. Il ne s’agit pas forcément d’un attrait issu de l’élégance physique des gouvernants, puisque des chefs d’État dénués de toute prestance corporelle mettent en œuvre, pour reprendre une expression de Foucault, une « érotisation du pouvoir » d’une redoutable efficacité. Cette relation érotique avec l’exercice du pouvoir repose notamment sur une circulation d’images qu’il convient d’interroger dans leur source et leur destination : dans les mondes en partage qu’elles esquissent, dans les affects de division qu’elles disséminent. Interrogation d’autant plus nécessaire qu’une monstruosité d’un nouveau genre en politique s’affirme toujours plus aujourd’hui, renouvelant les coordonnées visuelles de l’action collective. Quel est donc cet amour pour le pouvoir qui nous sépare de nous-même comme des autres ? Et quelles seraient les stratégies en images qui nous permettraient sinon de lui échapper, en tout cas de le contrarier ? 

Dork Zabunyan et Ysé Sorel

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